Archives pour la catégorie Sorties d’albums

Daft Punk: les robots de plus en plus humains?

Random Access Memory marque le retour de Daft Punk après 8 ans d’absence. L’album étonne, ravit ou déçoit, le moins que l’on puisse dire c’est que malgré son grand succès commercial depuis sa sortie, l’album divise. D’un côté les fans des débuts se sentent trahis et de l’autre un tout nouveau public découvre la musique du duo français. Zoom sur un album qui ne passe pas inaperçu…

L’attente a été longue depuis la sortie de Human After All en 2005, mais ce « break » a permis à Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, les deux humains qui se cachent derrière les casques, de redéfinir leur musique et de peaufiner un album ambitieux. Le morceau qui ouvre l’album porte un titre évocateur de la philosophie de ce quatrième album de Daft Punk: « Give Life Back To Music » (rend vie à la musique). Il semblerait qu’il y ait une sorte d’évolution naturelle dans la carrière du duo, des débuts très électros et purement enregistrés à deux à cet album qui se révèle être un album sur lequel il s’entourent de nombreux collaborateurs.

Daft Punk nous  propose donc de rendre la vie à la musique, notamment en s’accompagnant pour la première fois de leur carrière de guitaristes, de bassistes et de batteurs, que des grands noms du genre (notamment le batteur Omark Hakim, connu entre autres pour avoir accompagné Bowie sur l’album « Let’s Dance » ou encore Sting à plusieurs reprises mais aussi le bassiste Nathan East, fidèle collaborateur de Phil Collins, Eric Clapton ou encore d’Herbie Hancock). Même si les masques sont toujours au rendez-vous, les deux musiciens robots semblent se dévoiler, s’humaniser de plus en plus.

Ils ne le cacheront pas en interview, les deux Daft Punk ont écrit, conçu et enregistré cet album avant tout pour se faire plaisir à rendre hommage à la musique et aux artistes qui les ont influencés sur leur longue route musicale.

Un très bel hommage est rendu à Giorgio Moroder, pape du disco qui a propulsé notamment les carrières de Blondie ou de Donna Summer. On peut l’entendre raconter son parcours dans le titre qui porte son nom. Émotion et passion sont au rendez-vous dans ce titre.

Nile Rodgers, de Chic, est venu soutenir le duo en assurant la guitare sur trois excellents titres: « Get Lucky », le premier single issu de l’album, mais aussi « Give Life Back To Music » et « Love Yourself To Dance ».

Autre nouveauté, en plus de retrouver un groupe, on retrouve plusieurs chanteurs. Si certains titres bénéficient toujours de voix synthétiques désormais « classiques », on retrouve sur l’album le rappeur Pharell Williams sur deux titres ainsi que Julian Casablancas des Strokes, Todd Edwards ainsi que le retour plutôt inattendu de Paul Williams, dont les amateurs de films cultes des années 70 se souviennent puisqu’il était le chanteur de la BO de l’étrange « Phantom Of The Paradise » de Brian De Palma, très en forme sur le très bon et presque progressif « Touch ».

Album hommage à la musique d’une autre époque, Daft Punk y propose des sonorités de funk, de soul, de jazz, de musique électronique et parfois même de rock progressif. On pense bien entendu à Chic, mais aussi parfois à Steely Dan, Sébastien Tellier ou encore Air.

Cette « humanisation » de la musique de Daft Punk me fait penser à une interview que je lisais récemment à propos de la Trilogie Berlinoise de David Bowie. Dans celle-ci, le journaliste demandait à Bowie à quel point Kraftwerk avait été une influence pour lui. Le caméleon répondait alors qu’effectivement le groupe allemand l’avait inspiré dans son travail mais qu’il avait eu besoin de donner plus de vie à la musique en insistant sur le son de batterie joué par un véritable batteur et non par une boite à rythme comme le faisait Kraftwerk pour donner un caractère plus « humain » à son oeuvre. En évoluant de cette façon, Daft Punk se rapproche – d’une certaine façon – de la méthode Bowie. Et la réaction des fans les plus puristes, qui se sentent trahis par ce revirement musical, rappelle d’une certaine manière celle des fans de Dylan quand, ce dernier, avait « électrisé » sa musique dans la moitié des années 60, mettant de côté l’aspect « folk acoustique » plus pur de ses premiers albums.

Daft Punk a évolué, ça peut plaire ou ne pas plaire, mais personnellement j’ai beaucoup apprécié ce voyage – certes nostalgique – mais ô combien séduisant auquel le duo français nous invite ici.


The Next Day: le grand retour de David Bowie

David Bowie a toujours aimé brouiller les pistes… Le 8 janvier, il a surpris le monde musical en revenant sans prévenir – et après 10 ans d’absence – avec un nouveau single « Where Are We Now » et l’annonce d’un nouvel album pour le mois de mars. Impressions…

Si « Where Are We Now » avait ravi les fans de l’ »époque berlinoise » avec toutes ces références à la capitale allemande, il avait quelque peu inquiété les autres.  Bowie semblait en effet un peu fatigué vocalement et très mélancolique. Le single a ravivé les pires rumeurs concernant son état de santé. Et on le sait fragilisé depuis un important problème cardiaque en 2004. Mais Bowie aime jouer avec les rumeurs et le choix de ce premier single n’était pas anodin. Hier nous avons découvert « The Stars Are Out Tonight » qui se voulait plus rassurant et plus énergique…

Mais rassurés vous allez l’être dès les premières notes de ce nouvel album.  Le message de « The Next Day », la plage titulaire qui ouvre cette nouvelle production est on ne peut plus clair. Un Bowie en très grande forme martèle « Here I Am, Not Quite Dying » (« Me revoici,  pas vraiment mourant »), véritable pied de nez à tous ceux qui le voyaient déjà « en boite ».

Si la pochette de ce nouvel album revisite celle d’ »Heroes » (1977) le second album de la trilogie berlinoise, l’atmosphère de ce premier titre nous rappelle plutôt celle de « Lodger » (1979), dernière pièce de cette importante collection d’albums.  Et cette tendance se confirme lors de l’écoute globale de l’album.

Bowie a ici ce côté rageur, sans concession. Il nous fait comprendre dans ses textes et dans sa musique qu’il est passé près de la mort mais qu’il va mieux, qu’il déborde à nouveau d’énergie et de créativité et qu’il n’a certainement pas dit son dernier mot.

Il y a une tension palpable tout au long de l’album, une urgence… Si on pouvait craindre un album lent et plaintif, on retrouve ici tout le contraire. Il n’y a que deux ballades: »Where Are We Now » et « Feel So Lonely We Could Die » (avec un chouette clin d’oeil à l’intro de « Five Years » en fin de morceau), les deux seuls moments de répit avant de repasser à l’attaque.

The Next Day est un album profond, fouillé,  qui demandera plusieurs écoutes pour être apprécié à sa juste valeur.

A souligner également sur l’album les excellentes prestations des guitaristes Carlos Alomar et Earl Slick,  des bassistes Gail Ann  Dorsey, Tony Levin et Tony Visconti (qui produit bien entendu l’ensemble de l’album).

À 66 ans, Bowie est encore capable de nous surprendre, de nous étonner et on ne va certainement pas s’en plaindre.

Sorties CD Belgique: 8 mars et 33 tours dans 2 semaines (Sony Music)

  • Note: 4,5/5
  • A écouter avant tout: The Next Day, The Stars Are Out Tonight, Love is Lost, I’d Rather Be High

Les meilleurs albums de l’année 2012? Petite sélection perso…

C’est l’heure des bilans, après avoir échappé à la fin du monde (ouf ! ;-) , il est grand temps de refermer 2012 et de se remettre en tête les meilleures sorties de l’année voici une petite sélection de mes coups de coeur de l’année. Avec un petit peu d’avance, je vous souhaite déjà une excellente année 2013 et surtout un maximum de bonne musique!

  • Tame Impala - Lonerism

Après un premier album remarquable sorti il y a 2 ans, Tame Impala nous revient avec « Lonerism », une oeuvre sur laquelle les musiciens du groupe synthétisent quelque peu les choses et s’ouvrent les portes d’un plus large public. Après un passage remarqué à l’Ancienne Belgique de Bruxelles et avoir figuré dans le TOP des Inrocks ou encore du magazine britannique NME, la carrière des jeunes australiens est en route… On admirera le bel hommage à l’album « A Wizard, A True Star » de Todd Rundgren qui semble être une véritable obsession pour eux.

Dans le genre: MGMT, Syd Barrett, Todd Rundgren, Mercury Rev

A écouter d’urgence: Elephant, Why Won’t The Talk To Me, Feels Like We Only Go Backwards

  • Dr John - Locked Down

Prenez une ancienne star du rhythm & blues et du funk, mélangez avec un peu Black Keys, une grosse dose de vintage et un pincée de modernité et vous obtenez un album hors du commun, enthousiasmant et absolument réussi. Produit par Dan Auerbach (Black Keys), qui joue également de la guitare, « Locked Down » vaut vraiment le détour, si vous aimez le psyché-funk

Dans le genre: Funkadelic, The Black Keys, The Doors, Sly & The Family Stone

A écouter d’urgence: Locked Down , Ice Age, Getaway

  • Rival Sons - Head Down

Si l’album précédent, « Pressure & Time », avait déjà été une véritable claque, les californiens de Rival Sons franchissent un nouveau palier avec cet album « Head Down ». Le registre vocal du chanteur Jay Buchanian s’étend ici particulièrement largement et nous montre une nouvelle facette de son talent. Après un passage au Graspop et au Trix d’Anvers cette année, Rival Sons continue brillamment sa route vers les sommets de la planète rock’n'roll.

Dans le genre: Led Zeppelin, Deep Purple, Black Crowes, Wolfmother, The Black Keys

A écouter d’urgence: Keep On Swinging, Until The Sun Comes , Jordan

  • Patti Smith - Banga

11ème album de Patti Smith, « Banga » nous prouve qu’à 65 ans celle que l’on appelle la « poétesse du rock » n’a rien perdu de son incroyable talent ni de son imagination débordante. A certains moments, « Banga » va jusqu’à nous rappeler « Horses », son premier album et grand classique sorti en 1975. Du tout grand Patti.

Dans le genre: Patti Smith (!)

A écouter d’urgence: Amerigo, April Fool, Tarkovisky (The Second Stop Is Jupiter)

  • Bloc Party« Four »

Retour réussi pour Bloc Party pour ce quatrième album très bien nommé. Si la formation londonienne s’était quelque peu essayée à des sonorités plus électroniques sur les deux albums précédents, elle revient aux racines plus rock du premier album ici, s’engageant même parfois sur un terrain particulièrement « hard » (« Coliseum » et « We Are Not Good People »).

Dans le genre: Pixies, Gang of Four, Arctic Monkeys, New Order

A écouter d’urgence: So He Begins To Lie, Real Talk , Day Four , V.A.L.I.S.

Mais aussi ….

Dans la section rééditions:

  • « The Velvet Underground & Nico » (édition 45ème anniversaire)

  • Rage Against The Machine « Rage Against The Machine » (XX anniversaire édition)

  • The Smashing Pumpkins – « Mellon Collie & The Infinite Sadness » (réédition coffret)


Et finalement en CD/DVD:

  • Amy Winehouse – The BBC Sessions (excellents extraits en concerts image et son)

Nouveau clip vidéo pour L.A. Woman des Doors

« Encore un nouvel outil de marketing pour promouvoir le back catalogue des Doors » pensez-vous en lisant ce titre. Oui, effectivement, le but de l’opération est clair, il s’agit de faire découvrir la musique des Doors à un public jeune et cool. Et… pourquoi pas?

John Densmore, le batteur des Doors, apparait dans le clip. Toujours aussi rebelle ce bon vieux John...

Pour réaliser ce nouveau vidéo-clip, Warner et les membres survivants du groupe ont fait appel à des professionnels du skateboarding: Kenny Anderson, Alex Olson et Braydon Szafranski, des noms qui, de ce côté de l’Atlantique, ne nous parlent pas vraiment mais qui, aux Etats-Unis, sont de véritables stars du genre. Alors… j’en entends déjà certains râler sur le fait que le clip met en avant un sport qui n’était pas vraiment pratiqué à la grande époque des Doors dans la fin des années 60. Oui, c’est vrai… Mais l’esprit « rebel », « freedom », « street » du skateboarding n’aurait-il pas plu à Jim Morrison s’il était toujours vivant aujourd’hui? Il ne pourra évidemment pas répondre à cette question mais cette association ne semble pas si incompatible que ça. De toute façon, n’est-il pas plus appréciable de voir les efforts mis en place pour mettre la lumière sur le ‘back catalogue’ des Doors dans le cadre de ce 40ème anniversaire de « L.A. Woman » que d’assister aux prestations souvent pathétiques de Ray Manzarek et de Robbie Krieger et d’un pseudo Jim Morrison raté affublé d’un pantalon en cuir peu seyant? Donc, profitons de ce moment de musique et des belles images de ce nouveau clip… Pas si mal que ça, hein?


Le retour d’un Boss en forme et plus engagé que jamais…

En écrivant le titre de cet article, le correcteur de mon téléphone m’a proposé le terme ‘enragé’ en lieu et place du terme ‘engagé’. Enragé pourrait très bien convenir dans ce cas précis. En effet, Bruce Springsteen, 62 ans, est toujours capable de s’indigner, probablement une des raisons de cette éternelle jeunesse qui le caractérise si bien. Pas question d’histoire d’amour larmoyante ou de paroles stériles ici (on laisse ça à Lana Del Rey), « Wrecking Ball » est un manifeste, un pamphlet musical et brillant sur une société américaine en train de s’effondrer.

Mais le boss ne se lamente pas, l’album n’est pas fataliste et le message est ici empli d’espoir. Lors de la conférence qui a accompagné la sortie de l’album et qui a eu lieu à Paris il y a quelques jours, le Boss a déclaré qu’il ne soutiendra plus Barack Obama lors des prochaines présidentielles. Même s’il a souligné quelques actions positives de l’actuel président américain, il s’est montre déçu par l’attitude trop laxiste d’Obama envers les grosses entreprises américaines. « Wrecking Ball », c’est tout cela en musique. Inspiration, engagement et volonté sont les maîtres mots de cet album qui est plus que certainement, comme l’a déclaré Elliott Murphy, son ami songwriter, le meilleur album de Springsteen depuis « The Rising » (sorti en 2002).

A noter aussi une mention particulière pour le guitariste Tom Morello (Rage Against the Machine, Audioslave) qui apporte quelques touches bien senties sur deux titres de l’album, « Jack of All Trades » et l’excellent « This Depression » avec une empreinte musicale qui n’est pas sans rappeler celle de Jimmy Page ou de Brian May.

Note 4,5/5 (Bruce Springsteen: « Wrecking Ball » – Columbia/Sony Music 2012)